Internet va-t-il bientôt chauffer nos villes en hiver ?
Microsoft réfléchit à l'utilisation de la chaleur dégagée par les centres de données pour le chauffage collectif.
Internet consomme énormément d'énergie, notamment de l'électricité utilisée pour alimenter les équipements et pour la climatisation de milliers de serveurs présents dans les centres de données (datacenters). Ces espaces gigantesques sont en plein essor depuis que la mode est au "cloud computing". Le gaspillage d'énergie est monumental, et souvent dénoncé par les ONG de protection de l'environnement. Microsoft a décidé de proposer un projet plus vert en évoquant, dans une étude réalisée conjointement avec l'université de Virginie, la possibilité de chauffer des immeubles d'habitation avec la chaleur des datacenters.
Les flux d'air issus de la climatisation des serveurs oscillent entre 40 et 50 degrés. Le transport de la chaleur n'étant pas aisé, l'étude propose de diviser les datacenters en groupes de quelques dizaines de serveurs, installés dans les sous-sols des immeubles à chauffer. Il faudrait alors les raccorder à Internet avec une liaison à ultra haut débit. Conscients que la fibre verte des entreprises ne suffira pas à changer la situation actuelle, les chercheurs ont exploré d'autres arguments. Ils ont calculé que, pour chaque serveur, l'économie nette pourrait être de 280 à 324 dollars chaque année. Une somme qui devient intéressante si elle est multipliée par le nombre de serveurs. Avec ce système, "l'industrie high-tech pourrait doubler de taille sans augmenter son empreinte carbone", estiment les universitaires.
Nombreux défis
Le premier obstacle est celui de la maintenance. Les datacenters disposent d'équipes techniques prêtes à intervenir 24 heures sur 24, mais ne pourraient pas gérer des centaines de sites différents de façon aussi efficace. Un problème que les chercheurs proposent de résoudre en ayant des "correspondants" dans chaque immeuble, qui paieraient moins cher leur facture de chauffage en échange de quelques manipulations sur les serveurs. Encore faut-il trouver des personnes compétentes. Autre difficulté : la chaleur générée par les serveurs deviendrait problématique en été, et une climatisation serait de toute manière nécessaire. Dernier obstacle majeur, et ce n'est pas le moindre : comment assurer la sécurité de données éparpillées sur des centaines de sites non surveillés ? Ici, pas de réponse simple.
